par Lise Ledoux, directrice du Carrefour d’entraide Drummond
organisme financé par Centraide Centre-du-Québec
« Lorsque j’ai entendu Richard Séguin dans sa chanson « Qu’est-ce qu’on leur laisse ?» parler « d’allumeurs d’étincelles », j’ai pensé au Carrefour d’entraide Drummond (CEDI). Car, c’est ce que nous faisons au quotidien : rallumer d’abord l’étincelle de l’espoir de s’en sortir, puis celle de la confiance, de l’estime personnelle, du « courage de rêver», encore.
C’est le Carrefour d’entraide qui, dans la MRC Drummond, reçoit les personnes dont la situation est très détériorée et qui vivent avec des problèmes multiples. Là, où en plus du manque d’argent il y a la détresse, la maladie, la perte du réseau social et de la dignité, une méconnaissance des ressources et, plus triste encore, la gêne et la honte de les utiliser. Se sentir dépossédé… trahi par la vie.
Les intervenantes du CEDI (ce sont uniquement des femmes), ne peuvent pas se contenter de donner une référence au Comptoir Alimentaire ou un bon d’épicerie… Non ! À chaque jour, elles désamorcent des crises, accueillent de la colère, de l’agressivité, de l’impuissance. Aussi, quelquefois, de l’anéantissement… Combien de suicides évités ?
D’abord la réceptionniste : sur la ligne de feu ! Elle reçoit en vrac, souvent par vagues, toujours sans horaire déterminé, ce flot de détresse. Après avoir accueilli cet appel, elle prend la demande, détermine le degré d’urgence, fixe le rendez-vous ou s’il y a lieu dirige la personne en crise vers l’intervenante appropriée.
Cette dernière prend la relève et, pour chaque personne rencontrée, elle rassure, regarde la situation dans sa globalité, détermine le soutien que le CEDI peut lui apporter. Elle aide la personne à reconnaître ses besoins vitaux, à réviser ses priorités. Elle se concerte avec les autres organismes qui peuvent compléter son intervention. Elle agit comme médiateur, facilite des ententes avec des créanciers, oriente parfois vers le dépôt volontaire ou la faillite. Bref, accompagne la personne en détresse dans toutes les démarches qui vont lui permettre de reprendre du pouvoir sur sa vie, si petit soit-il.
Cette année, le Carrefour d’entraide Drummond a connu une hausse de 7 % des demandes, ajoutée au 26 % de l’an passé et ce, sans ajout de personnel et sans hausse de salaire. Cela signifie 3 250 demandes d’aide (236 de plus que l’an passé) qui ont été traitées, 467 dépannages alimentaires et financiers, 402 rencontres individuelles en consultations budgétaires, 5 478 références dont 2 874 au Comptoir alimentaire et 2 604 vers d’autres organismes qui peuvent apporter du support psychologique, 490 interventions en médiation et accompagnement, et animation de 21 groupes de cuisines collectives. Un lieu où en plus de mieux s’alimenter, les personnes se recréent un réseau social et améliorent leur qualité de vie.
Les personnes aidées par le CEDI sont en majorité désorganisées à la suite d’événements hors de leur contrôle : maladie, perte d’emploi, (fermeture d’usine, restructuration, etc.), dépression, problèmes de santé mentale, séparation, violence, des personnes qui ont travaillé toute leur vie mais qui, soudainement se retrouve à « l’aide sociale » avec 599,08 $ par mois pour une personne, 918,83 $ pour un couple. Elles paient un loyer de plus de 50 % de leurs revenus, vivent de l’endettement rapidement dont beaucoup pour le loyer, l’électricité et le chauffage, le téléphone et les assurances. Elles sont parfois des parents seuls, qui ont leurs enfants la fin de semaine sans transfert de revenu ou des allocations familiales.
Il y a aussi des personnes immigrées et celles qu’on ne verra qu’une fois parce qu’en attente de revenus : chômage, aide sociale, prêts étudiants, C.S.S.T., salaires, assurances. Il y a également des personnes qui vivent de la violence conjugale ou familiale.
En tant que directrice du CEDI depuis 22 ans, je suis toujours aussi touchée par la détresse et le courage des personnes qui nous consultent et qui se reconstruisent à partir de presque rien. Et je suis toujours impressionnée par le travail colossal accompli en intervention et aux cuisines collectives ! Alors que feraient ces personnes en détresse si le CEDI n’existait pas ? Je n’ose y penser… »



